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Le savon de Marseille : une histoire plus toulonnaise qu’on ne le croit

  • Photo du rédacteur: Caroline CAMPO
    Caroline CAMPO
  • 6 janv.
  • 2 min de lecture
Savon de Marseille

On l’appelle « savon de Marseille », comme une évidence. Pourtant, son histoire est plus large, plus provençale, et surtout plus maritime que son nom ne le laisse penser. Toulon, longtemps restée dans l’ombre, y tient un rôle essentiel.


Avant d’être un produit identitaire, le savon est d’abord une nécessité. Son principe — un savon dur fabriqué à partir d’huiles végétales — vient du bassin méditerranéen oriental. D’Alep à l’Italie, puis jusqu’aux côtes provençales, ce savoir-faire voyage par la mer, bien avant de s’ancrer durablement en Provence.


Dès le XVe et le XVIe siècle, Toulon s’impose comme un port stratégique. Ville militaire avant d’être commerçante, elle concentre alors des besoins très concrets : hygiène des équipages, entretien des textiles, approvisionnement des arsenaux et des hôpitaux. On y fabrique du savon non pas pour séduire, mais pour servir. Un savon robuste, fonctionnel, adapté à la vie maritime et aux contraintes de la Marine royale.


Fabrication Savon de Marseille à Toulon

Toulon dispose pour cela de tous les éléments nécessaires :– un port majeur,– des arrivages réguliers d’huiles,– de la soude issue des cendres végétales,– et une organisation industrielle structurée autour de l’arsenal.


Pendant ce temps, Marseille suit une trajectoire différente. Ville de commerce, ouverte sur l’international, elle développe une production savonnière tournée vers l’exportation. À partir du XVIIe siècle, elle prend progressivement l’avantage, notamment après l’édit de Colbert de 1688, qui fixe la composition du savon à base exclusive d’huiles végétales. Marseille concentre alors les savonneries, standardise la fabrication et, surtout, impose son nom.


Le savon devient « de Marseille », non parce qu’il y est né seul, mais parce que Marseille en fait un produit de commerce, d’image et de réputation. Toulon, elle, reste fidèle à sa vocation première : servir la Marine et l’État. Sa production, plus discrète, ne s’inscrit pas dans une logique de marque ou de récit.


C’est ainsi que Toulon disparaît peu à peu de l’histoire officielle du savon, alors même qu’elle en fut l’un des premiers pôles actifs en Provence. Non par manque de savoir-faire, mais par absence de revendication.


Cette histoire résonne particulièrement ici, à Tamaris. Au XIXe siècle, lorsque George Sand séjourne sur ces rivages, la Provence n’est pas seulement un décor de villégiature. C’est une terre de travail, de ports, de flux maritimes, d’industries silencieuses. La mer n’est pas qu’un paysage : elle structure la vie quotidienne, les usages, les gestes simples.


Savon de Marseille est né à Toulon

Le savon fait partie de ces gestes. Il accompagne les marins, les familles, les maisons tournées vers la rade. Derrière son parfum discret et sa forme familière, il raconte une Provence plus austère, plus fonctionnelle, mais profondément authentique.


À Toulon, l’histoire s’écrit souvent sans éclat, sans mise en scène. Elle est faite d’utilité, de rigueur et de permanence. Le savon dit « de Marseille » en est un parfait exemple : un produit emblématique dont l’âme dépasse largement les frontières d’une seule ville.


À Tamaris, entre mer et lumière, il est doux de se souvenir que les paysages que l’on contemple aujourd’hui furent aussi des lieux de production, de passage et de vie active. Une Provence laborieuse et maritime, que George Sand observait avec curiosité — et que le savon, humblement, continue de raconter.

 
 
 

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